Amandine n’a pas fui son pays d’origine. Amandine a réussi. Elle a réussi ses études internationales. En 2011, elle obtient une bourse d’études pour faire une licence de management au Maroc. À l’issue de celle-ci, en passant par Campus France, elle est acceptée dans un Master d’économie appliquée au développement durable, qu’elle obtient en 2017. À ce moment-là, à l’approche de la COP 21, Amandine imagine de nombreuses possibilités de travail pour relever tous les défis de la transition écologique. La même année, elle rencontre son compagnon. Amoureuse, elle fait le choix de rester en France, malgré un titre de séjour étudiant arrivé à échéance et sans obtenir de nouveau titre pour travailler. Et cela, malgré un emploi que son père lui a trouvé dans son pays d’origine, la Centrafrique. Un premier enfant arrive en 2019.

Ce qu’a fui Amandine, quelques petites années plus tard, ce sont les coups de son compagnon, alors qu’elle était enceinte de jumeaux. Depuis, elle est dépendante de l’hébergement d’urgence du 115, de ce mardi qui revient inlassablement, où il faut être prêt à quitter ce logement.

À trente-quatre ans, Amandine est donc là, ce soir d’avril, au restaurant solidaire, avec deux de ses enfants tout sourire et volubiles autour de leur maman attentive et calme, qui répond aux questions qu’ils se posent sur ce qu’elle fait ainsi, à parler devant un micro, à expliquer comment elle a réussi à obtenir un premier récépissé, puis un CDI à temps partiel dans le service à la personne, ce dont la préfecture lui a indiqué qu’il devrait lui permettre d’obtenir un titre de séjour avec droit de travail pour un an. Mais cela ne sera pas une garantie suffisante pour de nombreux employeurs, alors, pour l’instant, l’horizon ne porte pas loin, avec ce travail à temps partiel qui lui rapporte au mieux 435 euros par mois.

Mais l’horizon d’Amandine est ici, pour ses enfants. Elle ne se voit pas retourner en Centrafrique, où ils n’ont jamais vécu, alors que, sans eux, elle y serait retournée. Elle espère obtenir dans un an un permis de séjour de deux ou trois ans et ambitionne, à ce moment-là, de pouvoir s’engager dans une formation d’infirmière. Depuis ses études dans l’environnement, l’arrivée de ses enfants lui a donné de nouvelles motivations.

Là où la calme voix d’Amandine se brisera, c’est sur cette décision de justice, qui, du fait de son impécuniosité, a décidé de confier la résidence principale de son fils aîné au père, pourtant jugé pour violences conjugales, qui n’a reconnu que l’un des trois enfants, ce qui l’exonère d’autant d’aide alimentaire, pendant qu’elle, sans titre de séjour à ce moment-là, ne put recourir à l’aide juridictionnelle. Le regard d’Amandine se perd dans cette injustice de trop, qui ne lui laisse voir son premier enfant que les mercredis et les week-ends.

C’est à ce moment-là que le petit essaim d’abeilles rieuses et joueuses choisit de revenir s’agglutiner autour de sa reine, qui ne put cacher ses larmes et qui expliqua, toujours de sa voix calme, à ses deux jumeaux, que oui, « c’est dur ».

« Ah, maman ! Voilà ! Oui, on est jumeaux ! On est frères et sœurs, on est jumeaux ! Même quand on est frère et sœur, on est jumeaux ! Mais on n’est pas dans la même classe ! Mais c’est pas grave, ça ! Oh oui ! Comme il est juste à côté de ma classe. »

Ce sont elles, les petites abeilles, qui l’emporteront. Elles emporteront notre conversation comme leur maman, non sans avoir assiégé une petite table voisine pour s’y poser une dernière fois, le temps de quelques dessins qu’elles furent bien décidées à prendre elles-mêmes en photo !