C’est en banlieue de Rennes que nous rencontrons Nazira, qui vit dans une maison partagée portée par l’association Tabitha. Ultime refuge pour un ultime sauvetage ? Si seulement…
Elles sont nombreuses, les personnes qui vivent à côté de nous, dans nos rues et nos immeubles, voisines et voisins, qui attendent leurs enfants devant l’école parmi nous, et qui ont dû, avant cela, s’extraire et survivre aux moindres caprices de chemins de terre et de cailloux, de forêts interminables, sans parler de la Méditerranée, où les esquifs sur lesquels des dizaines de vies sont déposées avant d’être jetées en pleine mer sont souvent bien peu faits pour une telle traversée.
Parfois, rarement, exceptionnellement, les pas minuscules et innombrables ou la frêle embarcation, parviennent à atteindre l’autre rive, comme une terre promise. Le plus souvent, ce sont des bateaux de secours, affrétés par des associations et des collectifs citoyens — qui viennent à leur aide en pleine mer, ou des mains qui guideront les derniers pas.
Mais pour ces personnes qui migrent, il ne suffit pas toujours d’être sauvées en pleine mer. Parfois, le sauvetage a aussi lieu en pleine terre. Parmi ces radeaux terrestres figure notamment l’hôpital Sud de Rennes.
C’est là que Nazira est arrivée avec sa fille Natalia, en provenance de Géorgie. C’est là qu’elle a dormi de nombreuses nuits sur les fauteuils des halls d’accueil, pendant que sa fille était prise en charge pour une grave maladie. C’est là qu’elle a, sans attendre, appris ses premiers mots de français pour comprendre les soins prodigués à sa fille. C’est de là aussi qu’elle a gardé ses premières relations, devenues des amitiés au fil de trois années de traitement.
Cependant, être à bord de ce navire d’espoir ne protège pas des tempêtes administratives : comme cette obligation de quitter son logement sous une semaine, à la suite d’un premier refus de demande d’asile, avec une enfant portant une sonde nasogastrique et sous chimiothérapie.
Il a alors fallu les mains des bénévoles d’une association pour maintenir à flot la petite famille, lui trouver un logement, l’accompagner dans de nouvelles démarches afin d’obtenir le titre d’accompagnant d’enfant malade, ouvrant également le droit au travail. Droit dont s’est immédiatement saisi le père de Natalia, tandis que le petit frère, Beka, était scolarisé dès son arrivée.
Malheureusement, Natalia meurt le 8 août 2021, après trois années de traitement. La famille est retournée en Géorgie pour l’enterrer. Le CDI du père et la scolarité du petit frère faisaient pourtant penser que leur vie était désormais engagée en France. Ils sont revenus, mais ont échoué à obtenir une admission exceptionnelle au séjour, et une OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français) a suivi.
L’employeur ne les a pas lâchés. Nazira s’est engagée dans des actions bénévoles. Beka, bien que très en colère contre l’OQTF, s’accroche à son école et à ses amis. Des liens qui ne sont peut-être pas encore des racines, mais qui font tenir la famille — par-delà les malheurs, par-delà les séparations de la migration, par-delà les refus, à ce jour, de la France de leur dire vraiment oui — pour qu’ils puissent enfin se reconstruire ici.
