Combien de gestes pour aider à remplir un dossier administratif, faire à manger, récolter et distribuer des vêtements, mobiliser d’autres bonnes volontés, rassurer, écouter, enseigner, etc.
Notre débat public si confus, le bruit médiatique dont ne ressortent pas indemnes les informations, semblent voir des étrangers partout, alors qu’ils nous sont surtout invisibles. Ces bénévoles les voient, leur parlent, agissent à leur côté, tous les jours.
C’est ainsi le cas de Marie-Thérèse, dont vous pourrez retrouver le témoignage complet dans la nouvelle émission de Radio Déclic, en partenariat avec RESF 54, à l’enregistrement de laquelle nous avons pu assister dans le petit studio de Villey-le-Sec.
« J’ai commencé à m’intéresser de près à l’immigration ici, chez nous, en 2015. On a vu arriver les jeunes qui avaient été évacués des camps de Calais. Les quelques personnes du conseil départemental qui étaient là m’expliquaient que ces jeunes pensaient être en Angleterre. J’ai aidé à l’apprentissage du français et au soutien scolaire à Sion. Après, ils sont partis à Nancy. Je me suis rendue avec RESF, car je ne pouvais pas être seule dans cette aventure.
Je me suis toujours intéressée à l’immigration, car c’est une question familiale. Dans ma famille, au village, au pied de la colline, nous étions très ouverts. J’étais jeune après la guerre et nous étions marqués par le « plus jamais ça ». Il fallait ouvrir son cœur aux autres. Quand j’étais petite à la ferme, j’entendais une dame raconter que son mari avait dû bombarder Dresde et qu’il ne s’en était jamais remis. Et ils ont accueilli une famille allemande et leurs enfants. Je me suis dit que je ferais cela quand je serais grande. J’ai accueilli des familles allemandes. Et c’est comme cela que l’on se réconcilie. On se connaît.
Je me suis investie aussi auprès des personnes handicapées pendant plus de vingt ans. J’ai fait des études de journalisme. Nous avions créé des filiales des syndicats. Nous avons fait un voyage commun au Luxembourg pour étudier les instances européennes.
J’ai parfois eu peur d’exposer les jeunes que j’accompagne, en leur proposant de venir avec nous sur les actions.
La joie, c’est quand un jeune obtient un titre de séjour. Mais parfois, on se demande à quoi bon. On les laisse souffrir ici. Je les entends dire que c’est la vie ou la mort. C’est quand on est proche de ceux qu’on accueille que l’on retrouve de l’espoir. Ils nous apportent de l’espoir.
J’interviens dans un lycée pour faire du soutien en français avec un groupe de bénévoles de RESF, de Colibri, d’Un Toit pour les Migrants, etc. Je fais de l’hébergement chez moi. Pas tout le temps, mais pour des périodes d’une semaine à plusieurs années. Et les démarches administratives. Je suis aussi un peu le taxi. Il m’est arrivé d’aller jusqu’à Paris pour des démarches dans des consulats. La permanence des droits de la LDH. Chacun sait que l’on peut compter sur moi.
Le rapport aux institutions s’est un peu amélioré dans les contacts. Avec les agents en préfecture, nous sommes un peu mieux reçus.
Je suis une humaine qui s’intéresse à d’autres humains dans un monde qui est devenu global. Mes enfants ont voyagé, l’un a fait le tour du monde et a été accueilli partout. Nous devons la même hospitalité.Ma plus grande préoccupation est l’avenir politique de notre pays. Quand on voit l’extrême droite… Je veux croire que nous aurons un sursaut. Il faut faire entendre la parole de ces personnes qui viennent de loin. Je refuse que nous allions vers un mur, comme on nous le présente en Europe. Nous avons abattu le mur de Berlin. Nous croyons à la liberté et à l’avenir, et ils vont nous aider à le construire. Je me refuse à le faire de manière frontale, en face à face. Mon modèle, c’est Nelson Mandela. Il a lutté avec le sourire et la joie intérieure. »
